la rue Petit et ses alentours

L'histoire et ses conséquences

Angle Laumiee Meaux - 1900
Le 19ème arrondissement se situe à la limite nord-est de Paris. Il connaît peu de bouleversements jusqu'au 18ème siècle. Très peu peuplé, il constitue encore une campagne parisienne. Le paysage de la Villette s'inscrit dans un environnement très plat et peuplé de moulins ou d'exploitations agricoles alors que celui de Belleville est formé d'un plateau et de plusieurs buttes truffées de carrières. Le 19ème arrondissement est l'un des derniers à s'intégrer dans l'orbite de la capitale. Il prend sa forme actuelle en s'intégrant à Paris en 1860 à la suite d'une découpe capricieuse des villages de Belleville et de la Villette.


Le développement industriel et urbain

L'histoire des quartiers du 19ème arrondissement est marquée par l'essor industriel du 19ème siècle.

A la fin du 18ème siècle, le mur des fermiers généraux est mis en place ; en 1806 le bassin de la Villette est créé. Ces constructions sont l'amorce d'une dynamique nouvelle. Le futur arrondissement devient un lieu de circulation. C'est à la fois une réserve d'eau potable et le point d'arrivée de ravitaillement en marchandises ; entrepôts et usines se construisent. Alors s'implantent le long du bassin de la Villette, des fabriques, des raffineries, des entrepôts (ou magasins généraux) qui vont métamorphoser la vie parisienne et au premier chef le paysage, l'habitat et l'esprit du 19ème arrondissement.

Ce développement industriel s'intensifie avec l'installation des marchés aux bestiaux dans les trois grandes halles de la Villette et la création des abattoirs en 1867.

rue du Rhin - 1900L'aménagement du Parc des Buttes-Chaumont, qui s'achève en 1865, contribue au caractère désormais citadin de l'arrondissement.

L'urbanisation devient dès lors le problème de l'arrondissement, dans un contexte de forte croissance démographique, l'urbanisme suit comme il peut, au coup par coup, sans prospective ni projets raisonnés : masures sauvages mais aussi villas, folies et architectures bourgeoises de type hausmannien escaladant les pentes de l'environnement face à de pitoyables ghettos ouvriers.

Pour faire face à ce phénomène démographique, une politique de logement social sera mise en place à partir de 1921 par la construction de nombreux HBM (habitat bon marché). Toutefois, quelques îlots, dont certains existent encore aujourd'hui, ne seront pas intégrés à ces projets urbains.

 


Du Chemin du Dépotoir à la rue Petit

En 1838, un axe d'évacuation des matières provenant des vidanges de la ville de Paris est créé. Il permet de conduire ces déchets jusqu'au quai de Metz, créé en 1830 à l'intersection du canal de l'Ourcq et du canal Saint Denis d‘où ils sont acheminés par bateau, puis par un tuyau muni de pompes et long de 9km jusqu'à la voirie de Bondy.

Cet axe d'évacuation emprunte l'actuelle rue Petit, alors dénommée « Chemin du dépotoir » selon un tracé qui va de la rue de Meaux à la récente rue du Hainaut. Entre 400 et 500 voitures de vidanges y transitent chaque nuit. L'utilisation de cet axe pour ces fonctions cessera en 1894 avec l'adoption d'une loi rendant le tout à l'égout obligatoire. Il reste de cette période l'une des plus célèbres « goualantes » de la Villette, la « Chanson des vidangeurs » (1876), également intitulée « Les Vidangeurs de minuit », ou encore « La pompe à merde ».

Par ailleurs, une desserte ferroviaire ouverte en 1864 et empruntant le trajet de l'actuelle allée Darius Milhaud permet d'acheminer chaque année 650000 bêtes de la gare de marchandises de Belleville aux abattoirs de la Villette.


Une population ouvrière, mélangée et contestataire.

Entre le chemin du Dépotoir et la Villette, l'activité est intense. Les provinciaux montent à Paris par vagues successives, suivis par les européens. Les ouvriers se retrouvent dans les nombreux cabarets et guinguettes qui sont « autant de lieux de divertissements plus ou moins remarquables » selon les chroniqueurs de l'époque, que des refuges pour les opposants à la Monarchie.


Petit, Laumière, Hautpoul : un quartier quadrillé par les maréchaux de l'Empire

Après les journées insurrectionnelles de 1848, le quartier est symboliquement quadrillé par des maréchaux de l'Empire : la rue Petit prend son nom en 1865 (Jean Martin Petit fut général d'Empire sous Napoléon), de même que la rue d'Hautpoul, en hommage à ce général qui s'illustra à Austerlitz. En 1866, l'avenue qui mène à la mairie d'arrondissement doit son nom à Vermhet de Laumière, général d'artillerie. Crainte justifiée du pouvoir puisque l'agitation pressentie culminera lors de la Commune de Paris avec l'incendie des docks de la Villette.

A la fin du 19ème et jusqu'au début du 20ème siècle, le quartier accueille des italiens, des polonais puis les russes rejetés par la Révolution, les arméniens et les grecs chassés par la guerre des Balkans ; dans l'entre deux guerres arrivent les italiens, les juifs allemands ; au lendemain de la victoire de 1945, ce sont les espagnols qui s'installent plus ou moins temporairement, puis les portugais qui, eux, s'installent définitivement. Ces derniers sont suivis de près par les marocains, les algériens et les tunisiens. A partir de 1970, c'est au tour des africains (Afrique noire francophone), puis, dix ans plus tard, des asiatiques (Chine, Sri Lanka,...) qui tentent de trouver en France stabilité politique et économique avec le souci d'assurer l'avenir des pays dont ils sont originaires.

Rue Petit rue Petit

La mutation du paysage

A partir des années 1950, l'arrondissement connaît une grande mutation due à la désindustrialisation massive de Paris qui s'achève en 1973 avec le transfert des abattoirs de la Villette à Rungis. Apparaît alors un courant de rénovation : marée de béton sous forme de tours, barres et parkings, destruction d'unités modestes et d'îlots parfois caractéristiques de la promotion sociale.

Depuis 20 ans, cet urbanisme forcené est remis en question, au profit d'un concept privilégiant la qualité de la vie : espaces verts et de loisirs réapparaissent, isolement de la circulation, voies piétonnes et cyclistes, régénération de l'esprit de quartier.

La place Stalingrad, la Rotonde et les abords du canal sont aménagés avec une longue promenade plantée. Les espaces publics sont mis en valeur, peu à peu les visages de l'industrie disparaissent au profit d'un quartier à vivre.
Le chantier de reconversion le plus important est sans nul doute celui des abattoirs de la Villette, dont les halles sont réinvesties pour être le lieu de manifestations culturelles à dimension internationale mais dont les alentours restent ouverts sur leurs quartiers limitrophes.

Le 19ème arrondissement a connu de grands bouleversements ces vingt dernières années. De nombreux chantiers en cours ou en projet continuent de contribuer à sa reconversion, marquée par une volonté de développement urbain plus humain et équilibré.

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